• Prologue

         Elles prirent leur essor, s’élancèrent vers le ciel et fendirent l'air. Parties des confins de l'Occident et d'au-delà, portées par les vents, elles virent défiler des lunes et des soleils innombrables. L'une d'elles gloussa en se coiffant un instant d'un foulard de pluie avant de donner un coup de pieds rageur dans la nuée, provoquant une tempête qui coula un chalutier. 

    Par moments, elles plongeaient, la bouche ouverte, dans les reflets de la lune sur la mer sombre, pour en laper l'argent. Ou elles se jetaient dans les reflets du soleil sur l'océan turquoise pour en boire l'or. 

    Toujours invisibles - sauf une fois, lorsqu'elles piquèrent vers un requin pèlerin et le glacèrent d'effroi en lui faisant de hideuses grimaces. Elles lui montrèrent alors leur vrai visage et malheureux squale s’engouffra dans les plus grandes profondeurs de son monde et y resta des heures à frisonner.

    Toujours silencieuses - sauf lorsqu'elles se tapotaient les dents avec les ongles pour en faire jaillir la foudre, ou que leurs rires d'exaltation déclenchait des tempêtes et le tonnerre. 

         Elles étaient restées si longtemps silencieuses. 

    Silencieuses, pendant que les hommes succédaient aux hommes comme autant de minuscules traces de vie. 

    Elles s'esclaffèrent en survolant le Connemara, où l'Atlantique, dans sa folle voracité, mord à belles dents bleues la terre verte, et leur rire suffit à ruiner un champ d'avoine doré, qui vira au gris de cendre. 

    Elles atteignirent la ville de Philipsburg et lâchèrent, en manière de plaisanterie, trois détonations supersoniques, sculptées dans l'air rare. La population se jeta dans les rues, pour voir un avion qui jamais ne l'avait survolée. Puis elles tournèrent à gauche, tourbillonnant et virevoltant le long des hautes montagnes pour arriver à Granite, jusqu'à un banal panneau de signalisation, sans fioritures, qu'elles firent, d'un souffle, tournoyer à leur exemple, avant de se poser derrière une petite colline. Elles s'accordèrent une brève pause puis prirent l'apparence de deux femmes excentriques chevauchant une puissante motocyclette

         Leurs chiens les suivaient partout. 

         Lorsqu'elles se parlaient, elles se désignaient par les noms de Margaret et de Bom. Elles précédaient, préparaient et attendaient l'arrivée de la troisième, la Sorcière Mère - Grimhilde. Elles se dirigeaient vers un endroit nommé Kyledove, changeant de nom et de personnage au gré de leurs déplacements...

    Tout cela, parce-qu'une jeune fille était sur le point d'acheter un livre chez le bouquiniste, dans la petite ville reconnue pour ses saphirs, Philipsburg.


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