• Chapitre V

     

    Rajendra passa de la fascination au stress. Un nombre incalculable de regards se posaient sur elle. Dans leurs yeux, il y avait principalement du mépris et du dégoût, mais quelques-uns étaient fascinés par son aspect étranger : elle était bien plus grande que Shān malgré le fait qu’elle regardait le sol et agrippait fermement la manche de sa supérieure pour ne pas tomber. La jeune femme marchait avec un pas peu assuré et tentait de cacher au maximum sa brûlure en replaçant constamment le tissu.

    Alors qu’elle suivait le pas de Shān, celle-ci s’arrêta brusquement devant une table basse. La jeune femme se tourna vers elle et, en posant une main sur son épaule, la força à s’asseoir. Puis, elle salua quelqu’un en se baissant et en joignant la paume de sa main droite au poing de sa main gauche. L’Égyptienne posa un regard furtif devant elle pour la première fois et vit un homme assis sur un gigantesque piédestal.

    Il avait les cheveux affreusement longs et d’où elle était, elle pouvait voir son regard braqué sur elle. Elle remarqua tout de suite sa prestance et la forte aura qui émanait de lui. Il devait être très fier et important pour avoir autant de sujets et une aussi grande maison.

    Une poignée d’hommes se rapprochèrent de lui après un signe de main et ils discutèrent un court instant avant que l’homme ne prenne la parole.

    — Alors c’est elle l’égyptienne ?

    Shān se releva et acquiesça, montrant de la main Rajendra qui ne cessait de regarder ses mains posées sur ses genoux.

    — Oui, votre Majesté. Elle est arrivée ce matin au port, on l’a changée et lavée avant qu’elle n’entre au palais.

    L’Empereur releva la tête et haussa un peu le ton lorsque l’égyptienne ne le regardait toujours pas les yeux, agacé qu’elle soit aussi banale. Cependant, il remarqua le foulard blanc qui enveloppait la moitié de son visage et ordonna l’esclave de le retirer.

    — Pourquoi porte-elle un foulard ? Enlève-lui !

    L’esclave eu un court sursaut et s’exécuta avec la main tremblante. Elle retira doucement le tissu blanc et la brûlure ainsi que l’œil aveugle se montrèrent à l’ensemble des personnes. L’Empereur eu un léger mouvement de recul et Rajendra se dépêcha de cacher sa blessure avec sa main. Il sourit et lui intima de présenter ses respects.

    — Viens donc, jeune fille. Viens présenter tes respects à ton maître.

    Il fit un mouvement de la main pour lui dire de s’exécuter. Rajendra ne comprit pas tout de suite ce qu’il voulait, mais, lorsque sa supérieure lui prit le bras pour la lever, elle s’avança vers l’Empereur. Un grand homme en armure, dans la trentaine, lui barra la route avec son épée. Contrairement aux autres, ses cheveux étaient blonds et ses yeux étaient bleus. Il n'était pas Chinois. Une cicatrice transversale longeait sa joue jusqu’à l’arrête de son nez. Il était beau, surtout ses yeux glacés qui avaient des légers tons gris.

    Elle en oublia l’ordre de son maître et ne cessai d’admirer les iris de cet homme mystérieux. Curieuse, fascinée, elle lui frôla la joue, le faisant sursauter lorsqu’elle traça de son doigt le chemin de sa cicatrice. Il la rejeta doucement, avant de la regarder avec dureté. Rajendra se rendit compte de son geste et rougis de honte, et, alors qu’elle commençait à partir dans la direction opposée, il la retint du poignet et la poussa doucement vers l’Empereur.

    La jeune fille se retourna vers lui et ne comprenait pas pourquoi il l’avait empêchée de venir vers l’homme puis incitée. Quant à l’Empereur, il était amusé par la tournure des évènements et rassura ses sujets et gardes d’un geste de main. L’égyptienne gravit les trois marches qui la séparaient de son maître et, lorsqu’il se trouvait juste devant elle, assis, transpirant la confiance, elle prit délicatement sa main gauche et plaqua son revers sur son front. Elle se baissa au maximum, le plus élégamment possible et écarta sa jupe.

    — Maitre, je vous remercie.

    Puis, elle baisa la bague qui était sur son annulaire, avant de reposer sa main lentement là où elle l’avait prise. Toute l’assemblée fut surprise de son geste, au point qu’ils se regardaient avec des yeux écarquillés. L’Empereur, lui, se mit à rire à gorge déployée et se leva de son trône. L’homme se rapprocha de l’égyptienne et frôla de son pouce la brûlure, puis la paupière de son œil afonctionnel. Il regardait la jeune fille tendrement, avec une lueur de douceur, contraire à celle de l’homme aux yeux bleus, mais toute aussi charmante.

    — Mei. Ton nom sera Mei Feng. Tu es d’une Beauté indéfinissable. Tu es le Phoenix.

    L’Empereur caressa tendrement les cheveux de Rajendra et l’invita à s’asseoir en face de lui. Son air tendre se durcit un instant puis, il se rassit sur son trône. Il croisa les jambes et posa sa joue sur son poing accoudé.

    — Apportez-lui des collations, et passons aux choses sérieuses.


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