• Chapitre 1 (deuxième partie)

        La jeune fille éplucha plus en profondeur encore la petite salle et ne préféra pas toucher les cartons et objets encombrants de peur que le bouquiniste vienne la prendre la main dans le sac. Et en regardait un peu plus derrière un abattant, Abby découvrit un épais livre à la couverture totalement noire et effritée par le temps et les puces. Le titre était en partie illisible car des lettres manquaient, mis elle pouvait tout de même en deviner une partie : Zaubersprüche.

    De l'allemand, pensa-t-elle. Bien que le titre était abstru pour la jeune fille, elle ouvrit délicatement le livre pour ne pas qu'il soit plus abîmé qu'il ne l'était. Sur la première page légèrement ondulée en ayant sûrement absorbé de l'eau, Abby pu voir un petit texte écrit a la main et en italique  ̶  l'encre s'était dispersée un peu partout, et cette fois, rien n'était compréhensible. Elle fit tourner les pages unes à unes jusqu'à la dernière. Rien de bien concluant n"y était écrit, mais elle était étrangement attirée par l'ouvrage, comme si il voulait qu'elle l'achète. Ne se souciant plus désormais du bouquiniste grincheux, elle revint à la lumière de la boutique.

         Le bouquiniste n'était plus là, mais quelqu'un d'autre était derrière le comptoir, un vieil homme maigrichon arborant une grosse moustache blanche. Il était plongé dans l'examen d'un papier recouvert d'inscriptions étrangères. 

    C'est un savant, pensa Abby. 

    Elle attendit quelques instants. Alors qu'elle s'apprêtait à parler, l'homme la regarda.

         ̶  C'est vous qui servez à présent ? demanda Abby.

    L'homme opina du chef en souriant.

         ̶  J'ai toujours servi, répondit-il.

    Sans laisser le temps à Abby d'ouvrir la bouche, l'homme ajouta : 

        ̶  Tu veux te débarrasser de ce que tu tien à la main ? Étant donné l'état de cet ouvrage, ton prix sera toujours trop élevé. 

         ̶  Oh non vous m'avez mal compris, s'empressa de préciser Abby. J'ai trouvé ce livre dans l'arrière-boutique. Combien en voulez-vous ?

         ̶  Ah, dit l'homme, pensivement. Un de ces témoignages de l'ancien temps. Es-tu bien sûre d'en vouloir ?

          ̶  Si ça ne coûte pas trop cher, dit Abby.

         ̶  Le coût... Ah, le coût... dit l'homme, d'un air songeur. Le prix pourrait être très élevé, comme je l'ai déjà dit. Mais l'argent n'est pas tout, n'est-ce pas ? 

          ̶  Non, répondit Abby, sans bien comprendre ce que voulait dire l'homme.

          ̶  Tout ce qui est combustible dans cette arrière-boutique est destiné à être brûlé, mais nous ne voulons pas que ce livre brûle aussi, n'est-ce-pas ? Serais-tu prête à les sauver des flammes ? 

          ̶  Oui bien sûr, s'exclama Abby.

    Elle regarda la couverture. Je ne sais pas pourquoi je le veux autant, mais je sais que je le veux, pensa-t-elle.

          ̶  Y-a-t-il quelque chose que je puisse dire qui t'en dissuaderait ? demanda l'homme.

          ̶  Non, fit Abby, un peu décontenancée par une question aussi étrange. Je sens que c'est important pour moi.

          ̶  Alors prends-le, et bonne chance, déclara l'homme.

          ̶  Pas d'argent ? s'étonna Abby.

          ̶  Pas d'argent. 

    Sur le comptoir, il y avait une petite pile de cartes, sur lesquelles était inscrit : Le Nouveau Bouquiniste Tél : 6587

    Je vais en prendre une pour montrer que j'ai l'intention de devenir habituée, pensa t-elle. Et elle en glissa une dans la poche de son short. 

          ̶  Merci beaucoup, lança-t-elle en quittant la boutique.

          ̶  C'est moi qui te remercie, répliqua l'homme, sur un ton empressé qui n'échappa pas à Abby. 

    Comme il n'y avait plus de place dans son sac à main, Abby enfouit son mystérieux livre dans la sacoche du vélo. Le bouquiniste passa devant elle sans la remarquer et maugréa en pénétrant dans sa boutique : 

          ̶  J'espère ne plus revoir ces petits voyous qui fument devant le magasin !

    Je suis contente que ça ne soit pas lui qui m'ai servi, pensa la jeune fille tout en refermant et en bouclant la sacoche en cuir. Elle regarda l'heure sur son téléphone, quatre heures. Il faut que je me dépêche, dit-t-elle dans la hâte. Dès qu'elle eut enfourché son vélo, elle eut une étrange sensation qui lui parcouru le corps. 


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